Vu dans la Presse :
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le 18/12/2009 à 03h52
Triste Noël pour les 190 salariés de Hymer
Sept membres d’une même famille, tous salariés d’Hymer : Hubert Simon (46 ans), en chemise à carreaux, et sa femme Brigitte, 44 ans, sur le marchepied ; les deux sœurs de Brigitte, Béatrice Disser, 39 ans (à l’extrême gauche) et Corinne Springer, 38 ans (dans la caravane) ; leur beau-frère, Alain Girardot, 52 ans (en baskets), et son fils Frédéric, 28 ans, en anorak beige ; leur oncle, Michel Latorre, 50 ans et 33 ans d’ancienneté. Photo Darek Szuster

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Leur usine a été placée en redressement judiciaire le 25 novembre, et risque fort d’être liquidée fin janvier 2010, au terme de la période d’observation fixée par le tribunal de Mulhouse.
Les 190 salariés, dont sept membres d’une même famille (notre photo), de Hymer France à Cernay, vont vivre Noël et les fêtes de fin d’année dans l’angoisse d’une perte prochaine de leur emploi. C’est également le cas dans plusieurs autres usines en difficulté en Alsace, région touchée de plein fouet par la crise et où le chômage a fait un bond de 35 % en un an.
Le site de Hymer restera fermé jusqu’en janvier, car ses fournisseurs ne lui livrent plus le matériel nécessaire à la construction des caravanes et camping-cars.
Les salariés se relaieront, jour et nuit, durant la période de Noël pour surveiller leur « trésor de guerre ». Pour empêcher que les 200 véhicules montés et les 25 fourgons en vrac, ainsi que les moules de toits de caravane et les gabarits de soudure ne soient rapatriés en douce en Allemagne, au siège du groupe dont l’usine de Cernay est une filiale depuis 40 ans.
L’enquête d’Édouard Cousin, Adrien Dentz et Jacques Prost
Autre article :
le 18/12/2009 à 02h38
Hymer France : chronique d'une fermeture programmée
En signe de bonne volonté, les salariés de Hymer France ont décidé hier de geler le démontage des camping-cars dans l’attente d’une rencontre avec la direction allemande. Photo Darek Szuster

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Les salariés de la filiale alsacienne reprochent à leur maison mère allemande de les avoir « sacrifiés sans scrupules ». « Nous avons fait tout notre possible », affirme de son côté Hymer AG. Le numéro un des véhicules de loisirs en Europe basé à Bad Waldsee, au Bade-Wurtemberg, justifie le dépôt de bilan par des impératifs économiques liés à la crise et déplore l’attitude peu constructive des syndicats français. Coup de projecteur sur un divorce franco-allemand pour raisons économiques et culturelles, après 40 ans de « mariage de raison ».
Mise en service en 1969, l’usine Hymer France à Cernay, a été placée en redressement judiciaire le 25 novembre dernier avec autorisation de poursuite de l’activité » pendant deux mois. « Cette décision a été difficile à prendre pour nous », avait déclaré Hermann Pfaff, le président de Hymer AG, en soulignant que la filiale française enregistrait des pertes depuis 2004.
Présentée par l’actionnaire familial allemand comme un « simple établissement de production » qui construisait des caravanes de la gamme Touring et des camping-cars, la filiale française a été frappée de plein fouet par le réajustement des capacités au sein du groupe suite à l’effondrement des débouchés.
« On ne peut pas dire que nous avons abandonné notre filiale française, ce n’est pas vrai », signale Ralf Torresin, porte-parole de Hymer AG interrogé par L’Alsace. « Nous remplirons nos obligations légales, poursuit-il, mais en raison de la situation du groupe, nos moyens sont limités ».
Pour l’exercice 2008-2009 clôturé fin août, Hymer AG (3200 salariés) affiche une chute de 28 % de son chiffre d’affaires et une perte de 40,2 millions d’euros. Le nombre de véhicules vendus est tombé de 26 103 à 19 110.
« Les salariés de Hymer France ne sont pas les seuls touchés, nous avons dû supprimer 600 emplois sur nos sites en Allemagne et à l’étranger et mettre le personnel restant en chômage technique », rappelle la direction allemande.
Hymer AG dément, par ailleurs, le rapatriement de la production de l’usine de Cernay en Allemagne. « La décision en vue du transfert à Bad Waldsee ou sur un autre site n’a pas encore été prise », affirme Ralf Torresin.
Des chocs culturels
Hymer AG déplore « l’absence de signaux positifs des représentants du personnel en faveur d’une reprise de l’activité » à l’usine de Cernay. La direction allemande a apparemment « mal compris » et « mal vécu » le fait que les salariés français réclament « une prime de licenciement extralégale » alors que le plan social n’est pas encore engagé. Le démantèlement de six camping-cars a constitué un autre « choc culturel », incitant le groupe allemand à abandonner un site où les rapports sociaux sont jugés « pourris ».
« C’est faux », s’insurge Antoine Dugo (CFDT), le secrétaire du comité d’entreprise de Hymer France. « La direction allemande nous a mis en difficulté en nous ôtant progressivement de la charge de travail et elle a fini par nous lâcher totalement », estime-t-il. Pour preuve, il montre une copie d’un courrier en français daté du 23 novembre 2009, juste avant le redressement judicaire, dans laquelle le président de Hymer AG signale à ses partenaires commerciaux : « Nous étudions de manière approfondie la question de savoir quel site du groupe Hymer reprendra la fabrication de la gamme Touring et des camping-cars à l’avenir ».
Pour le secrétaire du CE, la sentence est déjà tombée. Il dénonce avec véhémence le refus de Hymer AG d’ouvrir la discussion sur un plan d’accompagnement à la fermeture programmée du site. « Ils se contentent de se laver les mains », estime Antoine Dugo.
Autre article :
le 18/12/2009 à 02h38
Un savoir-faire qui risque de disparaître
Avec la disparition programmée de Hymer-France, des hommes et des femmes au savoir-faire reconnu vont probablement perdre leur emploi. Quatre d’entre eux témoignent.
C’est ce qu’on appelle — appelait ? — une « belle entreprise ». Un fleuron dans son domaine d’activité. Une société dont certains produits font l’objet d’un véritable culte. Dans ses ateliers, 190 personnes détiennent un savoir-faire unique.
C’est le cas de Pedro Rodrigues, 42 ans, de Belfort, employé à l’atelier proto. « C’est un énorme gâchis. On a un potentiel énorme dans cette boîte. Je côtoyais des gens qui réalisaient des moules, par exemple, c’est un travail artisanal extraordinaire. Sans parler des serruriers, des soudeurs… ». La tâche de Pedro et de ses collègues : produire les premiers véhicules à partir des plans, tout droit sortis des traceurs des bureaux d’études. « Entre la théorie et la pratique, il y a souvent une sacrée différence. C’est ici, à Cernay, que nous avons tou jours fait les premiers montages avant la mise en route de la production en série. »
L’ouvrier, également membre du comité d’entreprise, n’est guère indulgent avec le groupe Hymer-AG qui a placé sa filiale française en dépôt de bilan. « C’est du vampirisme. On a travaillé pour eux, on a mis au point et développé les véhicules. On servait de laboratoire pour tout le groupe. Et voilà le résultat. Quelle injustice ! »
Michel Wickersheim, 41 ans, de Wittelsheim, est soudeur. Mais pour combien de temps encore ? « Mon boulot va être transféré à Bad Waldsee, en Allemagne, à partir de février. Après 25 ans de boîte, ça fait mal. » Son métier : réaliser l’armature métallique des caravanes Touring, celle-là même qui a fait la réputation de la marque et du site de Cernay. « Les clients sont contents de ce véhicule. Certains ont même créé un forum sur internet qui lui est dédié : le Club Eriba. »
Un autre salarié d’Hymer est convaincu de la qualité des produits réalisés à Cernay. Yves Peverelli, 41 ans, de Willer-sur-Thur, est le responsable de l’atelier menuiserie. Il dirige une équipe de quinze à vingt personnes. « Du savoir-faire, chez Hymer, c’est sûr qu’il y en a ! Je peux dire que je travaille avec le haut de gamme chez les ouvriers. La moitié de l’effectif de mon atelier est composée de vrais menuisiers ». Il ne peut s’empêcher de penser à l’avenir. « Tous mes collègues sont des boss eurs. Ils sont prêts à évoluer professionnellement, à retrouver du boulot. Le problème, c’est que dans le secteur, il n’y a rien. Je pense notamment à l’un d’eux qui vient des Vosges tous les jours pour gagner le Smic chez Hymer et qui a sept gamins. Là, il y a de quoi s’inquiéter ! »
Dernier témoin, Lionel Antoine, 40 ans, de Kingersheim, responsable de l’atelier polyester, quinze ans « de boîte ». Il a commencé à l’entretien des pompes, puis a gravi les échelons. « J’ai toujours été fier de travailler ici et, tous les matins, j’étais content de venir bosser. » Le Kingersheimois veut voir son avenir avec optimisme. « La reconversion ? J’y pense. Pourquoi pas en rachetant l’atelier où je travaille actuellement ? Je sais qu’il y a du travail dans mon domaine et je sais qu’ici, on est capable de faire de la qualité ! »
Edouard Cousin