Re: Un livre
Posté : lun. 27 nov. 2017 15:49
J'avais fait une allusion sur cet écrivain Auvergnat que j'aime lire...102 ans quand même...Ci-dessous (presse), un peu long, veuillez m'en excuser, mais décrit bien le personnage, sa prose et son humour.
DISPARITION - Le fils spirituel d'Alexandre Vialatte s'est éteint mercredi dernier. L'écrivain auvergnat, auteur d'une œuvre littéraire monumentale vendue à plusieurs millions d'exemplaires, n'avait jamais cessé d'écrire.
Un phénomène, Jean Anglade. Mort mercredi à l'âge de 102 ans, il avait publié son premier roman, Le Chien du Seigneur, assez tardivement, à l'âge de 37 ans. Il s'était bien rattrapé par la suite et a écrit pas moins de cent livres ; une enfance vécue en des lieux reculés de nos belles provinces entre l'instituteur et le curé, une progression sociale qui ne l'avait pas rendu oublieux de la sagesse des siens, une œuvre qui témoigne d'un temps, le XXe siècle, auquel notre XXIe qui perd de sa superbe s'intéresse de nouveau.
En 2015, à l'occasion de la sortie de son dernier roman, Le Grand Dérangement, Le Figaro était allé à la rencontre du «Pagnol auvergnat», dans la chambre de la maison de retraite de Clermont-Ferrand où il était cloîtré. Parce qu'il a puisé son inspiration dans le terreau riche en histoires de son Auvergne natale, les faiseurs de goût parisiens l'ont snobé et sous-classé dans la catégorie des auteurs de terroir. Le grand Alexandre Vialatte, qui n'avait pas cette sorte de préjugés, ne s'y était pas trompé: «Jean Anglade a le génie de la belle histoire. De l'histoire pour elle-même, à laquelle on croit, comme on croit au fait divers fourni par l'actualité - une histoire qu'apporte le colporteur, que le trouvère vient chanter, que le conteur arabe interrompt pour ramasser des sous… C'est admirable. Jean Anglade était un écrivain parce qu'il avait un style, un «style vert» comme on le dit d'une volée de bois. Vif, ample, souple, léger, qui glisse au détour de ses histoires de bonnes petites leçons. C'était un fabuliste. Exemple, parmi des myriades d'autres: «Quel temps merveilleux, celui où l'on pouvait prêter deux allumettes, une cuillerée d'huile, une pincée de sel! Toujours scrupuleusement rendues… Aujourd'hui, l'on emprunte des millions à la Caisse d'épargne sans prononcer un mot, rien qu'en remplissant des formulaires. Comment veux-tu que les gens s'aiment?»
Ce n'était pas un esprit chagrin ou nostalgique. Plutôt un anar conservateur et un bon vivant. Son érudition éclectique et chatoyante était davantage portée sur les faits que sur les abstractions. Les théories le laissaient sceptique. L'anecdote était le fondement de sa philosophie. Il avait l'esprit de finesse plus que celui de géométrie, dirait son compatriote auquel il a consacré une biographie, Pascal, l'insoumis (Perrin). «C'est l'homme le plus extraordinaire que j'aie rencontré!», s'exclamait-il lorsqu'on lui parlait de l'auteur des Pensées. Il admirait la créativité scientifique du philosophe, son esprit d'entreprise, son impertinence, sa liberté, sa façon de résister par le verbe et son œuvre bien sûr. «Entre le ciel et la terre, il y a notre vie qui n'est pas grand-chose», citait-il. Grandeur et misère: l'expression pascalienne résume bien le point de vue d'Anglade sur la condition humaine.
DISPARITION - Le fils spirituel d'Alexandre Vialatte s'est éteint mercredi dernier. L'écrivain auvergnat, auteur d'une œuvre littéraire monumentale vendue à plusieurs millions d'exemplaires, n'avait jamais cessé d'écrire.
Un phénomène, Jean Anglade. Mort mercredi à l'âge de 102 ans, il avait publié son premier roman, Le Chien du Seigneur, assez tardivement, à l'âge de 37 ans. Il s'était bien rattrapé par la suite et a écrit pas moins de cent livres ; une enfance vécue en des lieux reculés de nos belles provinces entre l'instituteur et le curé, une progression sociale qui ne l'avait pas rendu oublieux de la sagesse des siens, une œuvre qui témoigne d'un temps, le XXe siècle, auquel notre XXIe qui perd de sa superbe s'intéresse de nouveau.
En 2015, à l'occasion de la sortie de son dernier roman, Le Grand Dérangement, Le Figaro était allé à la rencontre du «Pagnol auvergnat», dans la chambre de la maison de retraite de Clermont-Ferrand où il était cloîtré. Parce qu'il a puisé son inspiration dans le terreau riche en histoires de son Auvergne natale, les faiseurs de goût parisiens l'ont snobé et sous-classé dans la catégorie des auteurs de terroir. Le grand Alexandre Vialatte, qui n'avait pas cette sorte de préjugés, ne s'y était pas trompé: «Jean Anglade a le génie de la belle histoire. De l'histoire pour elle-même, à laquelle on croit, comme on croit au fait divers fourni par l'actualité - une histoire qu'apporte le colporteur, que le trouvère vient chanter, que le conteur arabe interrompt pour ramasser des sous… C'est admirable. Jean Anglade était un écrivain parce qu'il avait un style, un «style vert» comme on le dit d'une volée de bois. Vif, ample, souple, léger, qui glisse au détour de ses histoires de bonnes petites leçons. C'était un fabuliste. Exemple, parmi des myriades d'autres: «Quel temps merveilleux, celui où l'on pouvait prêter deux allumettes, une cuillerée d'huile, une pincée de sel! Toujours scrupuleusement rendues… Aujourd'hui, l'on emprunte des millions à la Caisse d'épargne sans prononcer un mot, rien qu'en remplissant des formulaires. Comment veux-tu que les gens s'aiment?»
Ce n'était pas un esprit chagrin ou nostalgique. Plutôt un anar conservateur et un bon vivant. Son érudition éclectique et chatoyante était davantage portée sur les faits que sur les abstractions. Les théories le laissaient sceptique. L'anecdote était le fondement de sa philosophie. Il avait l'esprit de finesse plus que celui de géométrie, dirait son compatriote auquel il a consacré une biographie, Pascal, l'insoumis (Perrin). «C'est l'homme le plus extraordinaire que j'aie rencontré!», s'exclamait-il lorsqu'on lui parlait de l'auteur des Pensées. Il admirait la créativité scientifique du philosophe, son esprit d'entreprise, son impertinence, sa liberté, sa façon de résister par le verbe et son œuvre bien sûr. «Entre le ciel et la terre, il y a notre vie qui n'est pas grand-chose», citait-il. Grandeur et misère: l'expression pascalienne résume bien le point de vue d'Anglade sur la condition humaine.

