Pucky Pooka : entre Causses et canyons
Posté : sam. 24 sept. 2011 14:48
Le thé bu, le point fait, la bonne grosse bouilloire reposée dans son placard, les quarts en émail rouge, lavés et rangés, le champignon du toit replié, un dernier coup d’œil d'inspection : parés à virer !
Peu après le Bois-du-Four, nous prenons la direction des Gorges du Tarn par les chemins buissonniers, en espérant que les vacanciers, estivants, campeurs, kayakistes et vététistes de tous bords et tous poils auront regagné leurs horizons familiers... et empruntons une petite route vers un de ces "Bout du Monde" improbables !
Un chemin rural, néanmoins asphalté, sinueux et étroit, accroché à la roche, et qui déboule tout soudain sur une fenêtre large ouverte vers les Grands Causses écrasés de soleil !
Devant nous, la ligne du viaduc de Verrières (Aveyron) barre la vallée d'un trait fin, tout de blanc béton, un pied dans le Causse rouge et l'autre sur le Sauveterre, enjambant de ses bottes de sept lieues le petit ruisseau en gorges du Lumensonesque. Un nom qui nous parle de lumière : est-ce pour chanter la luminosité claire de cette vallée presque perdue, ou pour nous rappeler le sable cristallin de la rivière dont on fit du verre et qui donna son nom au village de Verrières (anciennement Veyrieyres) ?
Ce petit village blotti sous nos pieds, à peine visible, au fond de la gorge, et qui fit partie autrefois de la puissante seigneurie des Séverac.
Les coteaux ont été remodelés au fils des siècles et au prix d'un labeur répété, harassant, presque insensé : d'étroites terrasses soutenues par des murs de pierres sèches, qui montent vers le ciel, ont vu le jour à quelques vignes et abriter quelques vergers, avant d'être abandonnées vers les années soixante et s'effriter, puis s'effondrer, pour laisser place de nouveau aux genévriers et à la lande d'herbe rase et maigre, desséchée par le soleil qui "poique" le causse, lavée par les pluies de novembre et griffée par le vent du Nord et les gelées de février et mars...
Le couple "Pucky Pooka" et "Kangoogris" s'accordent bien : nulle secousse, nul écart : un bon compagnonnage !
Nous nous glissons au fond de la vallée puis dans les ruelles du village de Verrières, tout en longueur, belles pierres blanches et fleurs. Un papé sur son banc au soleil nous regarde passer : nous faisons un bonjour de la main auquel il répondra, mais après notre passage. On fait les choses lentement dans les campagnes, on pèse les mots, les gestes, on prend son temps. Et c'est tant mieux.
Tout en haut de Vérrières, les ruines médiévales (12ème) de l'ancien château et sa haute tour ronde, surveillent encore la vallée du Lumensonesque.
Nous roulons lentement, délicieusement dans la lumière de miel de l'après-midi qui s'avance. La route nous amène jusqu'à Rivière sur Tarn où nous garons l'attelage Pucky Pooka et Kangoogris. La vallée est déjà dans l'ombre. Un tour de chaîne avec un gros cadenas autour de la tête de l'attelage, histoire de dissuader un improbable quidam de partir avec Mamzelle... et surtout de nous donner une impression de sécurité, et nous voici partis vers les ruines du château de Peyrelade.
Une forteresse farouchement tanquée sur une proue de roche blanche et rose au-dessus-du vide, contrôlant ainsi l'entrée des gorges, quasi inexpugnable, mais pourtant détruite sur ordre d'un certain Richelieu... (voir site http://www.gorgesdutarn.net/Chateau-de- ... ee-du-Tarn
Le chemin qui y mène s'avère très étroit, malaisé, et les croisements impossibles. Un panneau le déconseille d'ailleurs fortement aux "camping-cars" et autres caravanes... Nous n'oserons nous y aventurer avec Pucky Pooka...
Mais sur la droite, de petites constructions de pierres sèches enchâssées dans le flanc de la colline nous intriguent.
Ce sont des "barracots", des cabanes de vignes : l'on y faisait son vin jusque dans les années soixante, soixante-dix. Ici, les toits de lauze épousent la pente et viennent rattraper, près du faîte, le rocher d'où elles sont nées. D'admirables "chiens assis" aux arrondis imposés par la pierre plate viennent "alléger" le linteau au-dessus des portes, grises et souvent bleuies par la bouillie bordelaise ou le bleu pastel dont on faisait quelques marques, pour éloigner les mouches et autres insectes.
Des merveilles de simplicité, de modestie, de grands petits riens...
Des barriques, des foudres en bois, un pressoir veillent sur ces vestiges d'un passé récent et déjà révolu.
La lumière a disparu du versant de la montagne, et nous redescendons vers Pucky Pooka : il est temps de se trouver un "coin" pour bivouaquer !
(à suivre)
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