Arles-sur-Tech dans les Pyrénées-Orientales est devenue célèbre depuis que l'émission "Mystères" de TF1 a consacré un "dossier" - le mot est bien trop sérieux - à
la fameuse "Sainte Tombe" de son abbaye.
Cette Sainte Tombe est un vieux (certains le font remonter jusqu'au IVe siècle) et lourd sarcophage en marbre qui se trouve à l'air libre, dans une courette, au bas d'un mur d'une douzaine de mètres de haut (
la cour n'est pas fermée du côté nord et donne sur une place).

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Le couvercle de ce sarcophage est aussi épais que les parois (de l'ordre de 15 cm) et repose d'une façon imparfaite sur ces dernières; on peut même glisser les doigts dans l'interstice en deux ou trois endroits.
Le sarcophage ne repose pas directement sur le sol mais par l'intermédiaire de deux blocs de marbre.
Le phénomène "miraculeux" présenté par ce sarcophage est le suivant: chaque jour, il semble se rassembler à l'intérieur dudit sarcophage une quantité d'eau assez importante (de l'ordre d'un litre en moyenne) quasiment "pure" et à laquelle on attribue des qualités curatives.
On peut puiser l'eau par un petit trou situé sur l'un des petits côtés, à
la jointure du sarcophage et de son couvercle, trou par lequel une petite pompe à siphon est introduite.
Il arrive même que "le sarcophage déborde..."
La production aurait même atteint quelquefois 800 litres par an...
Il n'y a apparemment aucune supercherie, aucune tuyauterie, aucun remplissage extérieur,...
Alors, miracle ?
Mystère irrésolu comme l'a prétendu l'émission "Mystères" dans son tout premier numéro diffusé le 8 juillet 1992 sur TF1 ?...
Emission qui a présenté l'enquête faite il y a une trentaine d'années par des hydrologues... pour conclure, in fine, que "les études menées jusqu'à présent...laissent un petit peu à désirer" et que "
la Sainte Tombe ne livre pas son secret".
Eh bien ni l'un ni l'autre.
Contrairement à ce qui a été affirmé explicitement dans l'émission et dans différents écrits, l'enquête menée il y a une trentaine d'années (à
la date de l'émission Mystères) par des scientifiques a permis de conclure de manière très nette.
Ce sont les résultats de ces hydrologues - MM. Pérard, Honoré et Leborgne (le sous-titre* sympathique du présent dossier est emprunté à un article de présentation, cf. réf., de ce dernier hydrologue) - que nous portons à votre connaissance par de larges emprunts pour un résumé de
la publication d'origine (cf. réf.).
L'enquête menée s'est faite avec l'accord et
la collaboration du curé d'Arles-sur-Tech qui a mis
la clef - pour ouvrir l'enceinte dans laquelle se trouve le sarcophage - à
la disposition des chercheurs (et avec
la collaboration de M. Rougé, instituteur en retraite).
Durant l'année 1961, pendant deux mois et demi - une seule interruption de quelques jours pour Pâques en raison des visites de fidèles ou de touristes - des mesures, observations et expériences ont pu être effectuées selon un programme établi à l'avance.
Les hypothèses qui avaient pu être émises a priori étaient:
· Remontée capillaire par l'intermédiaire des dés (les "cales").
· Condensation de l'eau contenue dans l'air pendant les heures chaudes de
la journée (c'est-à-dire quand
la température des parois du sarcophage est inférieure à celle de l'air ambiant).
· Phénomène de rosée (refroidissement du sarcophage pendant
la nuit, par suite du rayonnement, avec abaissement de
la température des couches d'air voisines et dépôt de gouttelettes d'eau).
· En complément des deux hypothèses précédentes: traversée possible du couvercle par l'eau condensée (et l'eau de pluie ?) par effet de capillarité et gravité.
Le sarcophage reste d'aspect sec et
la température à l'intérieur du sarcophage est supérieure de 2 à 3 degrés à celle de
la paroi externe; c'est-à-dire que
la condensation se fait sur
la face externe et non sur
la face interne du couvercle.
Les mesures effectuées ont porté sur:
·
La température (thermomètre enregistreur placé à proximité du sarcophage, bande relevée toutes les semaines).
· L'humidité (hygromètre enregistreur placé à côté du thermomètre).
· Le niveau de l'eau dans le sarcophage (niveau repéré, sur une réglette graduée, dans un tube relié par un siphon à l'intérieur du sarcophage).
·
La direction et
la force du vent.
·
La pluviométrie.
Les expériences faites sur place (d'autres expériences ont été faites en laboratoire):
· Mastiquage du pourtour du couvercle de façon à voir si l'eau venait uniquement de l'air qui peut circuler dans le sarcophage.
· Pose d'une housse en nylon sur le couvercle avec un espace de 5 cm laissé pour permettre une circulation d'air.
De façon à rendre les résultats plus significatifs, chaque expérience a été faite pendant au moins une semaine et a été précédée et suivie d'une semaine sans expérience.
En résumé:
Les courbes de températures sont régulières, avec une température minimale vers 6h du matin (valeur 5° C à 6° C en mars, un peu plus élevée en avril). Le maximum à 14 h n'a jamais dépassé 19° C et
la variation journalière moyenne est d'une dizaine de degrés.
Les courbes d'humidité relative sont, elles, irrégulières: de 50 % certains jours à 80 % d'autres. Avec un minimum vers 14 h et un maximum vers 6 h et des valeurs très faibles en présence de tramontane.
Le point peut-être le plus important est le suivant: deux mois sans pluie correspondent à... deux mois sans variation du niveau d'eau dans le sarcophage (excepté les baisses dues aux prélèvements de M. le Curé).
Ce premier résultat-constatation est très important. Il montre en effet "qu'il ne se produit pas 1 à 2 litres d'eau chaque jour, et
la production n'est donc absolument pas continue, ce qui aurait pu être vérifié depuis fort longtemps."
Le 10 avril 1961, il tombe 5,5 mm d'eau; le lendemain 6,9 mm... et le surlendemain le niveau d'eau du sarcophage a changé et s'est élevé d'environ 1 mm. Ces relevés et ceux des jours qui suivent jusqu'au 23 avril sont donnés dans un tableau, transcrit sous forme de courbes.
Ces graphiques (hauteur de pluie cumulée, variation du niveau dans le sarcophage et transformée de
la courbe du niveau dans le sarcophage) montrent de manière très claire que... le sarcophage profite de
la pluie pour se remplir !
Les hydrologues - leurs arguments étant étayés par d'autres éléments que les simples tracés précédents - en sont "arrivés à conclure que l'eau met en moyenne cinq jours pour traverser le couvercle et que un tiers de l'eau de pluie est récupéré en moyenne dans le sarcophage."
Un coup d'oeil indiscret à l'intérieur du sarcophage par les interstices disponibles avait d'ailleurs déjà montré
la présence de grosses gouttes d'eau rassemblées en quelques endroits du couvercle (
la pluie précédant cette observation datant de 20 jours avant, cela montre que l'écoulement de toute l'eau peut être assez long comparé à
la moyenne).
De l'eau versée goutte à goutte sur le couvercle du sarcophage disparaissait presque immédiatement en humidifiant un cercle de plus en plus grand, et bien que
la surface du couvercle soit très en pente, le cercle mouillé avait son centre exactement au point d'impact de
la goutte. Certaines zones du couvercle sont beaucoup plus poreuses que d'autres.
La surface du couvercle est irrégulière et présente notamment des petits trous hémisphériques de 1 à 2 mm de diamètre. qui, une fois remplis, se vident en 45 secondes environ.
Des tests de perméabilité ont également été faits sur des échantillons de marbre provenant de
la "seule carrière qui ait pu vraisemblablement fournir à l'époque le matériau dans lequel a été creusé le sarcophage."
Au passage, l'étude nous apprend que certaines expressions sont trompeuses. Ainsi lorsque l'on dit ou écrit "le sarcophage déborde parfois", ce qui fait penser à - au moins ! - un filet d'eau qui coule,
la réalité contenue dans cette expression est différente puisqu'elle est tirée d'un constat signé par dix personnes le 3 avril 1942 et qui dit:
"le sarcophage est plein, le liquide déborde, une grosse goutte tombe toutes les deux minutes sur le devant du tombeau." (le tombeau est légèrement incliné, ce qui explique le débordement en un point bien précis seulement).
La conclusion générale de ce rapport technique sur le sarcophage d'Arles-sur-Tech est
la suivante:
"Le couvercle du sarcophage est perméable, et l'eau de pluie y pénètre, met quatre à six jours en moyenne pour traverser
la pierre, et s'écoule ensuite goutte à goutte à l'intérieur. Comme il ne peut y avoir une circulation d'air importante entre l'extérieur et l'intérieur, il n'y a pratiquement pas d'évaporation et l'eau peut donc bien s'accumuler. Comme, de plus, l'eau de pluie lave et attaque même légèrement le couvercle, celui-ci reste propre et perméable et le phénomène peut se prolonger indéfiniment."
"Pourquoi alors l'eau reste-t-elle dans le sarcophage, puisque le corps de celui-ci est également en marbre ? Tout d'abord,
la pierre n'a pas rigoureusement le même aspect, et il est possible qu'elle ait été taillée dans un banc très peu perméable. D'autre part, l'eau stagnante dans le sarcophage laisse déposer les moindres particules qu'elle peut contenir, et il se dépose également le peu de poussière qui arrive à passer par les interstices."
Plus de 2 kg de boue noire ont été retirés du sarcophage en 1950, provenant d'un dépôt de 155 ans maximum - ouverture sûre en 1795 mais on ne sait pas si entre cette date et 1950 il fut ouvert.
"On peut également penser qu'un peu de poussière est entraîné par l'eau qui ruisselle sur le couvercle et pénètre entre couvercle et corps (phénomène de
la "goutte pendante"...) ... les dépôts ont dû, au cours des siècles, rendre le sarcophage étanche en pénétrant dans les pores mêmes de
la pierre..."
La conclusion signale encore que, le couvercle étant perméable, le phénomène de rosée reprend toute sa valeur, car l'eau qui se dépose sur le couvercle peut ensuite pénétrer.
En résumé et comme le disait le professeur Cyprien Leborgne en présentant le travail: "nous avons travaillé, cogité, sondé, palpé, siphonné - que sais-je encore ? - et - horresco referens ! - nous avons mis le doigt... sur
la goutte qui remplit le sarcophage."