Ne pas oublier: Le 28 novembre 1870, au cours de
la guerre franco-prussienne, près de Beaune-
la-Rolande se déroule une bataille où plus de 1 800 hommes périssent, parmi lesquels le peintre Frédéric Bazille.
Le prince Charles de Prusse bat le général d'Aurelle de Paladines, commandant l'armée de
la Loire.
La bataille débute à 6 h (heure solaire à l'époque). 35 000 hommes sont déployés en vue de cette opération.
La 3e division du 20e corps reste à Saint-Loup-des-Vignes au sud de Beaune-
la-Rolande, et une seule division du 18e corps participe aux combats, les deux autres divisions, trop éloignées, n'entendront que le bruit de
la canonnade.
Le plan d'attaque est simple, le 20e corps doit attaquer frontalement et sur l'aile gauche dans un mouvement enveloppant tandis que le 18e corps devra attaquer sur l'aile droite. Environ 16 000 Allemands sont répartis dans et autour de Beaune-
la-Rolande et notamment à l'est, à Juranville et Lorcy. Le 18e corps doit avant de commencer son mouvement en avant s'assurer de son aile droite en prenant Juranville et Lorcy. Cette attaque fait perdre beaucoup de temps au 18e corps. Le 20e corps avec deux divisions, attaque Beaune-
la-Rolande et arrive au pied de l'ancienne muraille sans parvenir à briser
la résistance opiniâtre du 16e régiment d'infanterie retranché dans
la ville et bien à l'abri derrière l'ancien mur d'enceinte et dans le cimetière. Dans le cimetière se trouve également une fraction du 57e régiment commandé par le capitaine Feige qui, de son propre chef et contrairement aux ordres prescrits de revenir sur
la position des « Roches » (à l'est de Beaune), s'est porté avec sa compagnie pour renforcer les éléments du 16e régiment qui s'y trouvaient. Le général Crouzat hésitant à bombarder « une ville française », qui aurait été
la seule solution pour annihiler
la résistance et ouvrir une brèche dans cette « forteresse », ne peut qu'entretenir un feu de mousqueterie peu efficace. Les troupes du 20e corps sont donc immobilisées devant Beaune-
la-Rolande sans soutien d'artillerie et le tir des Allemands bien protégés les fait grandement souffrir. Le général Crouzat attend l'arrivée des troupes du 18e corps pour lancer une attaque générale mais le général Jean-Baptiste Billot, commandant le 18e corps, a beaucoup de mal à assurer son aile droite. Vers 2 h, le général Billot n'a pas progressé vers Beaune-
la-Rolande et s'épuise aux Côtelles et à Juranville contre les troupes de
la 39e brigade. Le seul fait notable de ce combat parallèle est
la prise d'un canon prussien par le capitaine Brugère. Après
la prise du canon et des Côtelles par des éléments du 44e de
marche et du 3e lanciers de
marche, le combat s'estompe vers 15 h 30 et seuls quelques coups de canon aboient encore sporadiquement jusqu'à 16 h. L'action continue cependant autour de Beaune.
Un extrait d'un récit de soldat du 57e régiment prussien nous donne un aperçu de
la bataille devant Beaune au lieu-dit « les Roches » (à l'est de Beaune). « Vers 4 h 30 résultait le dernier assaut violent sur notre position, plus vigoureusement encore que tous les précédents. De nouveau arrivaient les tirailleurs de protection en masses denses sur plusieurs lignes, ils envoyaient sur nous une grêle de balles et étaient suivis de fortes colonnes d’attaque. Cette fois, l'ordre était donné par nos officiers de laisser s'approcher encore plus proche l'ennemi et de tirer seulement à
la distance de 100 pas ; en toutes circonstances ils nous exhortaient à maintenir
la discipline de feu
la plus calme.
C'était des instants sinistres jusqu'au moment où nous devions appuyer l'action. Une grêle de projectiles sifflait autour de nous ; entre-temps, nous entendions les commandements : en avant ! En avant ! (en français dans le texte) dans cette proximité de plus en plus grande. Car on n’y voyait rien, avec
la fumée de
la poudre et l'obscurité tombante de ce jour triste de novembre nous étions plongés dans le crépuscule. Soudain le commandement : « Los » et les décharges de mousqueterie, comme je n’en ai pas vu de nouveau pendant toute
la campagne. Tout près de nous les Français s'approchaient (nous entendions distinctement les appels séparés à proximité de nous). Nous nous préparions à une lutte au corps à corps mais formés au bataillon de dépôt nous n'avions pas appris le combat à
la baïonnette et nous nous disions que nous allions avoir à nous servir de nos crosses de fusil. Mais cela ne fut pas le cas, l'ennemi s’enfuyait de nouveau ; tout redevenait calme. Aucune autre attaque ne fut à attendre, car un événement favorable pour nous participait évidemment à
la stagnation de
la bataille. »
Vers Beaune-
la-Rolande,
la situation s'est donc retournée contre le 20e corps.
La 2e division de Polignac voit apparaître au nord, vers Barville, le renfort du IIIe corps prussien composé de
la 5e division d'infanterie et d'une division de cavalerie et qui accentuent, à
marche forcée, leur pression sur l'aile gauche française avec le 52e (pl) et le 12e régiment d'infanterie. L'artillerie prussienne postée sur les hauteurs de
la butte de l'Ormeteau au sud de Barville, prend de flanc le mince rideau de troupes du 20e corps qui se trouvaient au nord de Beaune-
la-Rolande. Le sort de
la bataille tourne en faveur des Prussiens. Le général Crouzat, voyant vers 15 h 30 que
la bataille tourne au désastre et que le 18e corps tarde à arriver, tente de monter une attaque de
la dernière chance vers
la barricade barrant
la route de Boiscommun à l'ouest de Beaune-
la-Rolande. Les troupes qu'il a pu rassembler, composées de zouaves, de gardes mobiles et de son état-major, partent à l'assaut de
la ville, mais
la barricade est en feu et le tir des Prussiens, galvanisés par l'aide du IIIe corps, est particulièrement terrible ; au même moment débouchent, venant du sud-est, quelques éléments du 18e corps (53e de
marche et zéphyrs), mais trop tard. L'attaque de Crouzat a échoué,
la nuit tombe, le général Billot enfin rendu à Beaune souhaite poursuivre l'effort, mais Crouzat s'y refuse car le champ de bataille est trop sombre et déjà des méprises apparaissent entre Français se tirant dessus. Il faut battre en retraite, l'aile gauche a cédé,
la ville n'est pas tombée et
la confusion règne dans les rangs français. Les Prussiens feront des prisonniers tard dans
la nuit dans les villages environnant, là où s'arrêtèrent des hommes harassés voulant trouver refuge. Les clairons sonnent le rassemblement et les Français retraitent vers leurs positions du matin.
La bataille a été très coûteuse pour les Français, les pertes s'élèvent à environ 1 000 tués et 3 500 blessés et prisonniers. Les Prussiens ont perdu 817 hommes (tués, blessés ou prisonniers).
Le peintre impressionniste français Frédéric Bazille, engagé volontaire au 3e régiment de
marche de Zouaves en tant que sergent fourrier, y trouva
la mort. Un monument fut érigé par son père après
la bataille à l'endroit même où il perdit
la vie, tué de deux balles.
Au Pavé de Juranville se trouve une plaque élevée par
la société nationale du souvenir français, commémorant l'exploit d'un Turco du nom de Ahmed-Ben-Kacy qui embusqué dans une pièce où se trouvait un malade, abattit 7 Prussiens avant de succomber. Dans le livre de Grenest L'armée de
la Loire il raconte l'histoire ainsi : « Au moment où les Allemands reprenaient le dessus, et refoulaient les nôtres, ce vigoureux soldat ne voulut pas reculer et résolut de se défendre jusqu'à
la mort. Il se posta dans une petite pièce du rez-de-chaussée éclairée par une fenêtre donnant sur
la route de Juranville, et fit feu par cette croisée sur les rangs pressés des Allemands.
La pièce, qui forme aujourd'hui (en 1893) l'arrière-boutique d'un épicier (...), était alors meublée d'un lit, dans lequel se trouvait une personne malade. Quand le flot des Prussiens fut arrivé tout près de
la maison, le courageux Turco afin d'être plus avantageusement placé pour continuer
la lutte, quitta
la fenêtre et vint au fond de
la chambre se poster derrière le lit, ayant à côté de lui ses cartouches (...) les Allemands ne tardèrent pas à vouloir escalader
la fenêtre, mais autant il s'en présenta, autant en abattit l'intrépide Africain. Il venait de tuer son 7e adversaire, quand les Prussiens qui avaient pénétré dans
la maison enfoncèrent une porte pour le prendre à revers, le mirent en pièces et jetèrent ses restes sanglants dans
la rue... »
Dans un autre ouvrage, côté prussien, cet épisode est décrit ainsi : Samuel Franck, alors sous-officier au 91e régiment oldenbourgeois (de), nous conte ce qui se déroula le matin du 29 novembre lors de
la reprise des Côtelles par les Prussiens, alors abandonné par les Français : « Vers 9 h 30 les Côtelles était occupé de nouveau. On trouvait là, sauf les blessés, peu de Français qui étaient restés là, l'un d'eux, un Turco, s'était caché dans un sombre local, d'où il tirait avec une rage aveugle sur tout ce qu'il voyait par
la porte. Il était très difficile de le débusquer de sa cachette. Afin d'éviter une effusion de sang inutile, on était allé chercher un adjoint d'hôpital militaire français resté au village pour s'occuper des blessés intransportables afin qu'il ramène le forcené au calme. L'adjoint qui connaissait
la rage de ces sauvages se soumettait à cette mission. Tout en s'adressant au Turco, il marchait en direction de
la porte lorsqu'un coup de feu retentit. Le malheureux médecin s'écroulait avec
la mâchoire inférieure broyée. Alors, un fusilier prussien avec plusieurs camarades donnaient l'assaut et tiraient une balle dans
la tête à l'Africain. »
Philou